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La culture sauvera-t-elle Saïdia au Maroc ou suite d’une fin annoncée ?

saidia-pull.jpgCe qu’Homme veut est-il stratégique plus que réflexion dans le temps ? Si l’on ne fait rien, certes que rien n’avance sur le plan personnel comme pour un peuple et ses décideurs. Mais laisser faire des intermédiaires plus affairistes qu’autre chose dans des projets gigantesques, en imposant à certains secteurs naissants ou en période d’adolescence la quasi-industrialisation du tourisme, ne peut laisser, quand le vent tourne, que des conséquences du même ordre de grandeur. 

La société marocaine dans son ensemble se doit alors de relever un second défi, non pas celui d’inaugurer en fête le navire, mais bien de créer des festivités afin de voir dans le temps le bateau quitter enfin le port. 

La crise, diront certains. Mais non, le Maroc s’en sort mieux que d’autres pays et reste un terrain très attractif pour les investisseurs et les demandeurs sur le plan du tourisme.

Mais faut-il penser investissement seulement, faut-il penser pour soi ou pour les attentes des touristes, ou des retraités qui achèteront ensuite dans les projets que l’on envisage ? Saïdia en est un exemple et non des moindres. Car en se promenant dans tous les lieux touristiques de la Méditerranée à l’Atlantique, combien de vitrines restent-elles sans commerçants, combien d’anneaux de port restent-ils sans navires, combien de fenêtres d’appartements restent-elles sans vie, combien de chambres et d’hôtels hébergent-ils de fantômes ? Il suffit de longer les côtes pour se poser des questions plus judicieuses après coup, après projets, une situation qui interpelle, pour rappel, de nombreux petits investisseurs à la recherche d’un lieu de vie, d’un lieu vivant donc, et qui ne désirent pas s’enterrer dans des espaces isolés, vides, parfois morts la plus grande partie de l’année… Combien ont-ils déjà essuyé les plâtres en suivant en toute confiance des commerciaux aux promesses radieuses, leur vendant le rêve mais jamais le cauchemar qui s’ensuivait ? Combien d’étrangers se sont-ils vu livrer avec retard ces projets parfois bruts de décoffrage et combien se sont-ils regroupés en association de défense ? Enfin, combien rêvent-ils désespérément de trouver un passant parfois plus naïf qu’eux, ou plus pigeon, en se transformant en mauvais commercial afin de revendre leur cauchemar ? 

Toutes les raisons pour justifier après coup le bilan ne change pas la donne pour l’instant, il s’agirait plus de revoir des copies que de persister dans le pharaonique qui déjà, comme le Goliath, se fatigue, s’écroule et emporte des foules dans son mouvement…

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Saïdia : la culture à la rescousse de l’industrie touristique

Juin 2011, la région de l’Oriental du royaume Chérifien accueillera la première édition du festival « Maghreb Culture » qui célébrera annuellement les arts maghrébins : cinéma, musique, théâtre, art culinaire, arts plastic, mode, etc. Une rencontre que les initiateurs veulent trans-maghrébine. Un évènement qui arrive à point pour soutenir la promotion du tourisme balnéaire en difficulté dans cette partie moins exposée du Maroc. Reportage.

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En annonçant la création de ce festival lors d’une cérémonie qui s’est déroulée le 19 juin dans la nouvelle ville balnéaire de Saïdia (à environ 60 km d’Oujda, nord-est), le président du Conseil Régional de l’Oriental M. Ali Belhadj souligne ceci : Maghreb Culture ne sera pas un succédané de l’Union du Maghreb Arabe, désespérément en panne. Ce festival est dénué « d’arrière-pensées politiques » et « n’est pas un prélude au règlement du problème des frontières avec l’Algérie », précise-t-il dans le quart d’heure d’entrevue qui précèdera l’annonce officielle.

Un rapide tour dans la nouvelle ville de Saïdia aura  déjà suffi à convaincre de cela. Recouverte de forêts et de marécages voilà trois ans encore, la région ambitionne aujourd’hui de devenir un pôle touristique avec ses hôtels flambants neufs d’une capacité dépassant les 2 000 lits, ses résidences d’été, sa médina, sa marina (l’une des trois plus grande de méditerranée), son centre commercial et son terrain de golfe. Tout cela résultant de  l’Initiative Royale pour le développement de la région de l’Oriental lancée par le  roi Mohamed VI  dans un discours fondateur en  mars 2003.

 

La métamorphose

Depuis, la ville de Saïdia a vu sa physionomie radicalement changée. De campagne, elle est passée au statut de cite balnéaire-pilote pour la construction de laquelle les institutions du royaume se sont associées à de grands groupes espagnols. Aux premiers revenait de créer et de développer les infrastructures de base ; aux seconds d’apporter le savoir faire dans le domaine du tourisme. L’Etat marocain a eu ainsi à mettre en place les réseaux de communication : dédoublement de la voie de contournement de Saïdia et construction de toutes les voies d’accès à la ville, aménagement de son réseau de collecte des eaux usées et pluviales, de ses digues de protection, de ses stations d’épuration et de pompage et de sa corniche longeant ses 15 km de plage. Le tout pour un montant globale de 369 millions de DH (1 DH= 10 euros) selon les termes d’une convention pour la mise à niveau urbaine de la ville.  Les enseignes hôtelières Iberostar et Barcelo pourront en outre compter sur l’aide de l’Etat et de la région pour le lancement de leurs établissements et leur remplissage.

 

De la sorte, la région de l’Oriental escompte séduire et attirer chaque année quelques milliers de touristes espagnols, bien sûr, mais aussi britanniques, chinois, nippons, indiens, ceux des pays du Golfe et des pays de l’Est. A la clé, 50 000 emplois nouveaux et des gains de l’ordre de 5 milliards de DH, indique le journal maghrébin l’Economiste.

 

Le forcing

Sauf que pour l’instant, les hôtels sont loin de refuser les clients alors que les résidences d’été qui jalonnent les routes de Saïdia demeurent vides. Aux marques de peinture sur les vitres, on voit que la plus part d’entre elles n’a pas trouvé preneur.

 

Le parc immobilier vacant, la marina silencieuse et l’activité commerciale timide de Saïdia menaceraient non seulement l’avenir du tourisme dans l’Oriental mais aussi le succès de l’ensemble du projet. A terme, il s’agit de l’intégration de la région à l’espace euro méditerranéen. Le souci immédiat est donc de provoquer l’affluence vers ce nouveau pôle touristique, comme les autorités se sont engagées à le faire. Les deux hôtels ibériques 5 étoiles n’avaient fonctionné la saison dernière que pendant deux mois, toujours selon l’Economiste. En ce début de saison, le Barcelo reçoit essentiellement des clients venus de la péninsule ibérique.

 

D’où l’idée du festival Maghreb Culture. L’évènement est imaginé pour drainer les foules sur ce site et le faire vivre, comme l’explique de manière si prosaïque M. Ali Belhadj : « c’est une démarche de promotion du développement économique ».

 

Quant à l’estampille « maghrébin », elle est censée rappeler les attaches qui lient Oujda à son environnement. M. Belhadj soutient que l’« on se sent profondément maghrébins dans cette région frontalière». Elle est idéale pour rassembler les artistes et les scientifiques maghrébins. Ceci pour dire que les organisateurs de Maghreb Culture 2011 évacuent d’un revers de la main toutes les inquiétudes que l’on pourrait concevoir quant à sa crédibilité. On considère que les obstacles politiques ne résistent pas devant l’identité maghrébine fortement ancrée dans la région. Qui d’ailleurs abrite déjà plusieurs festivals au cachet incontestablement maghrébin : le festival des oasis, le festival du raï, le festival de la musique gharnati, ou encore celui de la musique alaoui.

 

L’identité et la culture maghrébine font d’ailleurs, pour le moment, office de programme de ce festival. Il s’agit davantage de mettre en œuvre une volonté politique de développement économique et l’événement n’est pas encore réellement réfléchi. Avant sa présentation samedi passé devant la presse et quelques invités tels le consul adjoint de l’Algérie à Oujda, personne parmi les membres de la presse locale n’en avait entendu parler. Avant de quitter la salle, le représentant de l’Algérie, M. Bachir Belatrache a indiqué qu’il resterait à l’écoute.

Katia Semi

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