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Archive pour 3.8.2010
Une Caisse d’Epargne au Maroc : Oui, mais avec des noisettes plus craquantes…
3.8.2010 par admin.

Moins d’épargne au Maroc, moins d’investissements internes. Les bas de laine se vident à un moment, le système s’enrhume, force est de quérir médecine auprès d’autres investisseurs.
Mais “investir” est le leitmotiv depuis plus de 10 ans et même avant, ce qui a pleinement profité à nombre de Marocains comme d’étrangers d’ailleurs, plutôt que de thésauriser pour des miettes. La banque n’étant pas non plus envisagée par beaucoup comme le coffre-fort, préférant le solide en majorité, par tradition culturelle aussi. “Un terrain ou une bâtisse valent mieux que deux pour cent tu auras… Inch’Allah.” Les Marocains n’ont pas eu besoin de faire des études en économie ces dernières années comme les banquiers pour comprendre cela bien avant eux et la bancarisation présente est encouragée désormais. Banquiers qui eux aussi savent très bien prêter dans le contexte du foncier et de l’immobilier depuis des années. La boucle est bouclée.
Reste à Rabat à régler le problème, comme d’habitude… et à réinventer la Caisse d’Epargne pour inciter les gens à récolter quelques noisettes, plus croquantes pour eux que leurs placements solides actuels… Aux écureuils d’être généreux…
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Économie
Alerte, l’épargne couvre de moins en moins les investissements
- Le besoin de financement était de près de 37 milliards de dirhams en 2009 et devrait augmenter en 2010 et 2011.
- 80% de l’épargne est d’origine interne et une bonne partie provient des ménages dont le pouvoir d’achat a baissé.
- Le manque d’instrument permettant de drainer l’épargne longue n’incite pas les ménages à thésauriser.
C’est le dilemme dans lequel se trouve l’économie marocaine : la dynamique d’investissement à l’œuvre depuis une dizaine d’années est sans doute, avec la consommation des ménages, un des moteurs puissants qui ont porté la croissance économique, mais cette dynamique est désormais confrontée à un problème de financement.
Les chiffres, tout ce qu’il y a d’officiels, en disent long en effet sur la divergence qui caractérise les courbes d’investissement et d’épargne depuis maintenant deux ans et qui s’aggrave de plus en plus. Le ministre des finances, Salaheddine Mezouar, a d’ailleurs évoqué le sujet lors de la quatrième réunion du Conseil national du crédit et de l’épargne du 6 juillet, et annoncé par la même occasion la création d’une commission technique dédiée à la problématique de l’épargne. Celle-ci devrait proposer des mesures favorables à l’épargne à insérer dans la Loi de finances 2011. Rappelons à ce propos que le sujet était déjà sur la table à l’automne dernier, au moment de la préparation du Budget 2010, mais pour des raisons liées à la baisse des recettes fiscales, les mesures alors concoctées en faveur d’une épargne longue ont été laissées de côté, de crainte d’aggraver le déficit budgétaire prévu.
Mais il y a urgence désormais, comme le montrent les statistiques du Haut commissariat au plan (HCP). Le compte épargne-investissement pour 2008 et 2009 a en effet dégagé un besoin de financement de 5,2% et 5% du PIB, soit respectivement 35,8 et 36,8 milliards de DH qui manquent pour que l’investissement soit couvert par l’épargne.
Les estimations pour 2010 et les prévisions pour 2011 font état d’un déficit du compte épargne/investissement encore plus important: 5,6% du PIB en 2010 et 6,3 en 2011. A ce rythme, et si rien n’est fait pour redresser la situation, les équilibres macroéconomiques, patiemment mis en place depuis une quinzaine d’années, risquent d’être rompus. Les raisons qui ont conduit à ce déséquilibre entre épargne et investissement sont connues. Il y a d’un côté l’accélération du rythme des investissements, en particulier depuis 2007, et, de l’autre côté, l’avènement d’une crise qui a considérablement réduit les ressources aussi bien internes qu’externes.
Depuis 1998, et jusqu’en 2007, le taux d’épargne a toujours été supérieur à celui de l’investissementL’examen des comptes nationaux montre en effet que sur une dizaine d’années environ (entre 1998 et 2006), le taux d’épargne a toujours été supérieur aux taux d’investissement. Ceci reflétait d’ailleurs non pas une croissance exceptionnelle de l’épargne mais plutôt une atonie des investissements qui étaient en moyenne de 25% du PIB, contre un taux d’épargne moyen de plus de 28%. C’était l’époque où les entreprises, excepté les grandes, avaient des difficultés d’accès aux financements, et les banques utilisaient le surplus d’épargne pour acheter des titres publics et stocker le reliquat à la Banque centrale.
Depuis 2007, cependant, on assiste à un croisement des courbes d’épargne et d’investissement, en raison notamment, comme déjà indiqué, de l’accélération du rythme des investissements. Mais dans le même temps, les mécanismes de collecte de l’épargne, en particulier l’épargne longue, sont restés à peu près ce qu’ils étaient, c’est-à-dire globalement peu attractifs.
La crise, avec son lot de baisse des transferts courants, principalement les envois des MRE, les recettes touristiques et des investissements directs étrangers (IDE) est venue en 2008 compliquer la donne : pour la première fois, depuis les années 80, la balance des paiements est en déficit (-11,5 milliards de DH). Le compte courant enregistrait, lui, son deuxième déficit : -35,9 milliards après -571 millions de DH en 2007. En 2009, le solde négatif du compte courant s’est aggravé (-36,8 milliards), tandis que le déficit de la balance de paiement était limité à 1,6 milliard grâce à l’excédent du compte de capital et d’opérations financières.
Clairement, le contexte extérieur est devenu plus que pesant, d’autant que les exportations, pour les raisons souvent évoquées ici (manque de compétitivité et de diversification géographique notamment), n’arrivent toujours pas au moins à équilibrer la balance commerciale. Si bien d’ailleurs que si jusqu’en 2006 le compte courant était excédentaire, c’était grâce aux transferts des MRE et des recettes touristiques. Autrement dit, ce sont ces deux rubriques qui comblaient chaque année le trou résultant des échanges commerciaux !
La consommation des ménages progresse plus que le PIBMais, en réalité, l’épargne, dans sa composition, est pour l’essentiel d’origine interne. En 2009, l’épargne intérieure représentait 81% (soit 184,5 milliards de DH) de l’épargne nationale et 25,1% du PIB. Et elle est en très grande partie le fait des ménages. Or ceux-ci, nous dit en substance Najib Ibn Abdeljalil, professeur universitaire, associé et fondateur du cabinet Ifconsulting, n’ont plus vraiment une grande capacité d’épargne du fait que de la baisse de leur pouvoir d’achat (voir entretien en page précédente). Et du coup, l’arbitrage est vite fait en faveur de la consommation. Il y a quelques jours, un haut responsable gouvernemental confiait à La Vie éco, à ce propos, que «ce rythme d’évolution de la consommation pose problème aujourd’hui avec les difficultés de financement qui apparaissent». La consommation des ménages a en effet progressé de 6% en 2008, 4% en 2009 et le HCP prévoit qu’elle croîtrait de 5,2% pour cette année et le même taux pour 2011. Notre interlocuteur n’était pas loin de préconiser des mesures pour ralentir les importations car, jugeait-il, elles contribuent à augmenter la consommation en raison des prix bas de nombreux produits importés.
En fait, le problème est moins celui des importations que des exportations, comme le premier responsable de ce secteur, Abdelatif Maazouz n’a cessé de le répéter depuis qu’il est à la tête du département. Mais au-delà de l’épargne d’origine externe, le problème est d’abord interne, comme le notent nombre de spécialistes des questions de l’épargne. Autrement dit, il s’agit d’encourager les agents économiques nationaux à épargner. Mais là encore se pose une question : l’épargne est-elle une affaire de revenus ou d’instruments de collecte de fonds adaptés aux mobiles des épargnants ? M. Ibn Abeljalil pense qu’il faut combiner les deux.
Questions à Najib Ibn Abdeljalil, Professeur universitaire : Il faut offrir des taux incitatifs et progressifs en fonction de la durée des placements
Le besoin de financement provient de l’écart entre l’épargne nationale et les investissements engagés. L’importance croissante de ce gap s’explique des deux cotés. Côté épargne, la situation de crise qui a démarré en 2008 et qui perdure encore aujourd’hui, induit non seulement une baisse des ressources de l’Etat et donc de l’épargne publique, mais aussi un rétrécissement des revenus des ménages et donc de l’épargne privée. La perte de pouvoir d’achat des ménages augmente la propension à consommer et réduit celle de l’épargne. Enfin, les aides familiales provenant des transferts de MRE et les IDE ayant connu une réduction, sinon une stagnation depuis 2008 ont accentué la pression à la baisse sur l’épargne disponible. Le taux d’épargne, en particulier sur les trois dernières années, a connu une baisse. Coté investissement, l’Etat, depuis le début des années 2000, s’est progressivement lancé dans des programmes de plus en plus importants et structurants, effort qu’il a volontairement poursuivi depuis 2007 pour contrebalancer les effets négatifs de la crise internationale. Il ne faut pas s’en plaindre.
On parle depuis plusieurs années de mesures incitatives pour développer l’épargne longue et il en est question pour la Loi de finances à venir…
Plusieurs mesures pourraient être édictées pour encourager l’épargne et en particulier l’épargne longue. La première est de veiller à une rémunération réelle, positive et intéressante, de la petite épargne. Les taux créditeurs servis sont aujourd’hui faibles eu égard au taux d’inflation et donc non incitatifs pour la petite épargne, matérialisée par les dépôts des ménages auprès de la poste sur des carnets d’épargne mais aussi auprès du système bancaire. On pourrait par exemple créer des carnets de dépôt dont les montants seraient plafonnés (200 000 DH par personne) et qui pourraient recevoir un taux de rémunération réelle, motivant et, peut être, indexé sur l’inflation. La seconde mesure consiste à stabiliser l’épargne et par conséquent offrir des taux de rémunération croissants en fonction de la durée de blocage des fonds ; mettre en place des produits d’épargne logement à durées variables avec des taux de rémunération également en fonction de la durée; mettre en place des plans d’épargne entreprise, facilitant la création d’entreprises nouvelles ou la participation à l’investissement dans des PME non cotées ; ou encore défiscaliser, avec plafonnement, les plus-values résultant d’investissements dans des actions cotées au-delà d’une durée de placement de 5 ans par exemple. La troisième mesure consiste à attirer l’épargne étrangère, moyennant une politique de change souple et adéquate.
Salah Agueniou
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